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La psyché : une construction relationnelle

Avr 2, 2026 | Uncategorized | 0 commentaire

En étant artiste de profession, ayant vécu en Chine puis en France, je n’aurais jamais imaginé me retrouver un jour face à une recherche théorique et philosophique comme l’ontologie relationnelle radicale.

En parallèle de mes questionnements sur l’homme et ses relations avec l’écologie, j’ai entamé un travail plus intime, presque nécessaire, pour dénouer certains “nœuds” personnels. En retraçant mon parcours — les relations qui m’ont construite, les actes qui se répètent, mes propres manières d’être au monde, autant sur le plan affectif qu’expérimental — quelque chose est devenu progressivement plus lisible. J’ai commencé à percevoir autrement les relations qui me traversaient, comme si elles apparaissaient enfin avec plus de clarté.

Mais cette démarche ne s’est pas arrêtée à ma vie personnelle. Elle s’est progressivement élargie, jusqu’à devenir une manière de relire le monde.

C’est dans ce mouvement que ma manière de comprendre la psyché a commencé à changer.

Je la percevais auparavant comme quelque chose d’intérieur, de personnel, presque isolé. Un espace qui m’appartenait, où se formaient mes pensées, mes émotions, mon identité. Mais en y regardant de plus près, cette idée devient difficile à maintenir.

On considère souvent la psyché comme un espace intérieur, autonome, distinct du monde extérieur. Pourtant, cette manière de la penser repose sur une séparation implicite entre l’individu et son environnement. Elle suppose que ce qui se passe “en nous” pourrait être compris indépendamment de ce qui nous entoure.

En observant plus attentivement, cette séparation se fissure. Les émotions, par exemple, ne surgissent pas de manière isolée. Elles prennent forme dans des situations, dans des interactions, dans des contextes. Elles dépendent de ce que nous vivons, de ce que nous percevons, de la manière dont nous sommes en relation avec les autres et avec notre environnement.

Ce que l’on appelle “psyché” apparaît alors moins comme un contenu intérieur que comme le résultat de ces relations.

Cette intuition trouve aujourd’hui des échos dans plusieurs champs de recherche. Les neurosciences montrent que le cerveau ne fonctionne pas comme un organe isolé, mais comme un système en interaction constante avec le corps et l’environnement. Les processus cognitifs ne sont pas seulement internes : ils sont liés à des perceptions, à des actions, à des échanges continus avec le monde.

De même, les approches en psychologie et en sciences cognitives insistent de plus en plus sur l’importance du contexte. La cognition est dite “située” : elle dépend des conditions dans lesquelles elle se déploie.

Dans cette perspective, la psyché ne peut plus être pensée comme un espace fermé. Elle apparaît comme un ensemble de processus en interaction : des perceptions, des émotions, des pensées, qui se forment et se transforment au fil des relations.

Ce déplacement de regard modifie profondément notre manière de comprendre ce que nous vivons. Ce que nous interprétons comme des états internes — anxiété, motivation, apaisement — peut aussi être lu comme l’expression de relations : des relations plus ou moins stables, plus ou moins lisibles, plus ou moins ajustées.

Dans ce sens, la psyché n’est pas un lieu que l’on pourrait isoler ou réparer de l’extérieur. Elle est un processus en mouvement, qui dépend de la qualité des relations dans lesquelles nous sommes engagés.

Cela ne signifie pas que tout est déterminé par l’extérieur, ni que l’individu disparaît. Mais que ce que nous appelons “intérieur” ne peut être compris indépendamment des relations qui le produisent.

La psyché apparaît alors comme un tissu dynamique, en constante recomposition. Non pas une entité fixe, mais une organisation vivante qui se maintient et se transforme à travers les relations.

Cette manière de voir ne change pas seulement une définition. Elle modifie la manière dont j’observe ce que je traverse. Ce que je pensais être “à l’intérieur” apparaît autrement, lié à des situations, à des contextes, à des relations qui me dépassent et me constituent en même temps.

En y prêtant attention, quelque chose devient plus lisible. Non pas une vérité figée, mais un mouvement.

Je repense alors à cette phrase de l'artiste Marina Abramović* à Ulay : “You were my life.”

Elle résonne différemment. Elle ne décrit peut-être pas seulement une relation passée, mais la manière dont certaines relations nous constituent entièrement — au point de devenir indissociables de ce que nous sommes.

Éléments scientifiques de référence : 

  • Le développement du cerveau est fortement influencé par l’environnement relationnel dès la petite enfance, notamment à travers les interactions précoces (Schore, 2001 ; Bowlby, théorie de l’attachement). 
  • Le stress maternel pendant la grossesse peut influencer le développement du système nerveux du fœtus via des mécanismes hormonaux, notamment le cortisol (Van den Bergh et al., 2005). 
  • Des recherches en épigénétique montrent que certaines expériences, notamment des traumatismes, peuvent modifier l’expression de certains gènes et être associées à des effets observables chez les générations suivantes (Yehuda et al., 2016). 
  • Marina Abramović: https://fr.wikipedia.org/wiki/Marina_Abramovi%C4%87

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