OEUVRES
Les œuvres présentées ici ne sont pas des objets isolés, mais des dispositifs permettant de rendre visibles des dynamiques relationnelles. Elles constituent une part expérimentale de la recherche en Ontologie Relationnelle Radicale.
« La résine devient le dernier arrêt d’un trajet mondial. »
Installation 1 - « Dernier arrêt du vivant »
La série Dernier arrêt du vivant explore les dispositifs contemporains de production et de contrôle du vivant à travers la figure du bocal de culture tissulaire. Chaque pièce consiste en l’encapsulation d’un fragment végétal dans un contenant transparent, évoquant les environnements contrôlés où le vivant est reproduit, conservé et diffusé.
Le bocal agit comme un dispositif critique : il suspend un processus biologique tout en matérialisant une séparation entre le végétal et l’écosystème dont il dépend. Maintenu en vie mais isolé de ses relations écologiques, le fragment végétal devient le symbole d’un vivant extrait de son milieu.
Dans les installations sérielles, l’accumulation des bocaux révèle les logiques industrielles de multiplication et de standardisation du vivant. L’ensemble met en évidence une tension centrale du monde contemporain : préserver, reproduire et contrôler le vivant tout en réduisant les relations complexes qui assurent son équilibre.
Installation 2 - « Figer sans figer (Le Puits / Verticalité / La Mer) »
La série Figer sans figer explore la tension entre immobilisation et transformation du vivant à travers l’encapsulation de fragments végétaux dans la résine. En suspendant des matières organiques dans une transparence solide, les œuvres donnent à voir des processus écologiques habituellement invisibles, tels que la décomposition, la stratification ou les cycles du sol.
Les différentes variations du dispositif — horizontale (Le Puits), verticale (Verticalité) ou étendue (La Mer) — modifient la position du regard et la relation du spectateur à l’œuvre. La résine agit comme un arrêt partiel du temps biologique : les matières semblent engagées dans une transformation interrompue, révélant la fragilité des équilibres écologiques contemporains.
À travers ces dispositifs, la série interroge la manière dont les cycles naturels peuvent être suspendus, accélérés ou perturbés par les logiques techniques et économiques du monde contemporain.
Installation 3 - « Bonbons »
La série des Bonbons prolonge la réflexion sur la matérialité du vivant en mobilisant un pigment issu de la betterave sucrière. Le sucre, historiquement associé à la canne et aux trajectoires coloniales, a progressivement perdu sa fonction nutritive pour devenir support de consommation addictive dans l’industrie agroalimentaire contemporaine. La betterave, introduite en Europe comme alternative à la canne, s’inscrit elle aussi dans des logiques de monoculture intensive.
Le pigment utilisé est proche du résidu : il condense une trajectoire agricole, économique et historique. La couleur séduisante masque une chaîne de transformation où le sol est appauvri et soumis à des logiques productivistes. L’encapsulation dans la résine suspend cette matière issue d’un cycle intensif, révélant la tension entre séduction esthétique et extraction systémique.
Les Bonbons rejouent ainsi l’ambivalence du sucre : douceur et dépendance, vitalité et appauvrissement. Dans le cadre de la Plasticité Relationnelle, ces formes compactes et modulables permettent de tester comment un matériau agricole transformé peut devenir vecteur critique sans perdre sa puissance formelle.
Installation 4 - « Trajectoire du désir »
La série Trajectoire du désir explore les dynamiques relationnelles qui traversent les matières, les imaginaires et les formes du vivant. À travers des sculptures réalisées en résine transparente, l’artiste encapsule des fleurs et matières organiques traditionnellement utilisées dans la parfumerie — éléments végétaux liés à l’histoire culturelle et sensorielle des fragrances.
La résine agit comme un dispositif de suspension : elle conserve ces matières fragiles tout en révélant les trajectoires botaniques, culturelles et économiques qui les accompagnent. Ces éléments, souvent invisibles dans leur circulation mondiale, apparaissent ici comme les traces matérielles d’un désir qui traverse les plantes, les cultures et les imaginaires humains.
En figeant ces matières tout en laissant percevoir leur provenance et leur histoire, la série interroge les relations entre nature, désir et circulation du vivant dans le monde contemporain.
Cette recherche plastique s’inscrit dans la réflexion plus large de l’Ontologie Relationnelle Radicale (ORR), qui interroge la manière dont les relations précèdent et configurent les êtres.

5. « Mémento Mori »
- série de 12 insectes fictifs encapsulés
Ce projet d’installation explore la relation entre imaginaire biologique, disparition du vivant et mémoire matérielle. L’œuvre prend la forme d’une série d’insectes fictifs imprimées et repeints successivement par une encapsulation dans la résine.
Ces organismes imaginaires s’inspirent des formes de l’entomologie tout en introduisant des variations morphologiques qui les situent à la frontière entre science et fiction. L’encapsulation agit comme un geste ambigu : elle conserve la forme tout en interrompant le processus vital.
À travers ce dispositif, l’installation interroge la manière dont les sociétés contemporaines archivent, classent et préservent le vivant au moment même où celui-ci disparaît à grande vitesse.
La résine devient ainsi un matériau critique : elle transforme l’objet biologique en trace, révélant la tension entre mémoire, conservation et extinction dans le contexte de l’époque dite Anthropocène.



