Ontologie Relationnelle du vivant (ORR)
Hypothèse fondamentale
La relation ne relie pas.
Elle produit.
Je nomme Ontologie Relationnelle du Vivant (ORR) le cadre théorique que je développe à partir d’une hypothèse fondamentale : les relations ne sont pas secondaires aux êtres. Elles constituent les conditions mêmes de leur apparition, de leur transformation et de leur persistance.
Cette ontologie est radicale, au sens étymologique du terme : du latin radix, la racine. Elle ne cherche pas à radicaliser une position, mais à déplacer l’analyse jusqu’à la racine de ce qui fait être : la relation.
Les êtres, les sociétés, les institutions, les cultures, les techniques et les écosystèmes ne peuvent dès lors être pensés comme des entités isolées qui entreraient ensuite en relation. Ils émergent, se stabilisent temporairement et se transforment à travers les configurations relationnelles auxquelles ils participent.
L’ORR propose ainsi un déplacement du regard : ne plus partir des entités pour comprendre leurs relations, mais partir des relations pour comprendre l’émergence et la transformation des entités.
Cette approche est multi-échelle et multi-temporelle.
Elle cherche à observer comment certaines formes processuelles peuvent se manifester à l’échelle intime, familiale, sociale, institutionnelle, culturelle, civilisationnelle ou écologique, sans réduire ces différentes échelles à un même fonctionnement.
Ces configurations sont également traversées par des temporalités hétérogènes. Le temps d’une relation n’est pas nécessairement celui d’une institution ; le temps d’une décision n’est pas toujours celui de ses conséquences ; le temps d’un déséquilibre peut être très différent de celui de sa manifestation ou de sa transformation.
Toute stabilisation est ainsi située : elle dépend de l’échelle d’observation et de la temporalité considérées.
J’appelle écologie relationnelle cette attention portée non seulement aux relations qui constituent un milieu, mais également aux relations entre les différentes écologies qui le traversent : affective, cognitive, sociale, culturelle, technique, économique ou environnementale.
Cette approche conduit à une écologie des écologies : non pas une addition d’écologies spécialisées, mais l’étude de leurs interdépendances, de leurs compensations, de leurs tensions et de leurs transformations réciproques, ainsi que des déplacements de leurs effets d’une échelle à une autre et d’une temporalité à une autre.
Dans cette perspective, ce qui paraît extérieur à une configuration dépend toujours du champ d’observation choisi. Ce qui est extérieur à une relation conjugale peut être intérieur à une configuration familiale ; ce qui apparaît extérieur à une économie nationale peut être intérieur à un système économique mondial ; et ce que nos sociétés traitent comme une externalité environnementale demeure inscrit dans les relations du Vivant.
L’ORR cherche ainsi à penser les conditions d’habitabilité des configurations relationnelles, leurs formes de stabilisation, leurs inerties, leurs seuils de saturation, leurs bifurcations et leurs possibilités de reconfiguration.
Le renversement ontologique
Une grande partie de la pensée moderne considère les entités comme premières et les relations comme secondaires.
Les individus existeraient d'abord ; les relations viendraient ensuite.
L'ORR propose l'inverse.
Les relations ne sont pas des liens ajoutés à des êtres déjà constitués. Elles participent à leur venue à l'existence. Toute forme d'existence apparaît au sein d'un tissu relationnel dont elle demeure dépendante.
La relation n'est pas ce qui relie des réalités séparées.
Elle est ce qui les produit.
Le vivant global
Le vivant global désigne le tissu relationnel dans lequel toute forme d'existence apparaît, se transforme, se maintient ou disparaît.
L'être humain n'est pas extérieur à ce vivant. Il en constitue une expression provisoire parmi d'autres.
Le vivant global ne désigne donc pas la nature opposée à l'humanité. Il désigne le champ relationnel commun dont humains, animaux, végétaux, techniques, cultures et sociétés participent simultanément.
Les formes relationnelles
Dans cette perspective, les êtres ne sont pas des substances autonomes mais des formes relationnelles temporairement stabilisées.
Un organisme, une forêt, une société, une institution ou une économie peuvent être compris comme des configurations relationnelles particulières.
Leur stabilité n'est jamais absolue. Elle résulte d'un équilibre toujours provisoire entre les relations qui les constituent.
Une écologie perceptive
L'ORR est également une écologie perceptive.
Elle propose d'apprendre à percevoir le monde non comme un ensemble d'objets séparés mais comme un tissu d'interdépendances en perpétuelle transformation.
Cette approche conduit à interroger les mécanismes de domination, les logiques d'extraction, les crises écologiques et les formes contemporaines d'inhabitabilité comme des perturbations relationnelles affectant le vivant global.
Conséquences théoriques
L'ORR constitue le cadre théorique à partir duquel se développent plusieurs axes de recherche :
- l'Habitabilité ;
- l'Habitabilité cognitive ;
- l'Écosociété ;
- l'Écocroissance ;
- l'Écologie cognitive et l'Écologie perceptive ;
- l'analyse relationnelle des mécanismes de domination ;
- l'étude des conditions relationnelles du vivant global.
Ces développements ne constituent pas des champs séparés, mais différentes expressions d'une même perspective relationnelle. Ils cherchent à comprendre quelles relations rendent possible l'émergence, le maintien, la transformation ou la dégradation des conditions d'habitabilité du vivant.
Une théorie en construction
L'ORR demeure une recherche ouverte.
Elle ne constitue pas un système clos mais un cadre d'exploration destiné à comprendre les conditions relationnelles de l'existence humaine et non humaine dans un monde en transformation.
Explorer les concepts de l'ORR
Le Carnet conceptuel de l'Ontologie Relationnelle Radicale du Vivant rassemble les principales notions développées au fil des recherches et des publications. Il constitue un document évolutif, régulièrement enrichi à mesure que la théorie se construit.